Léon Zyguel : « Un homme, on peut le vaincre  mais on ne peut pas l’abattre …»

 «  Je ne suis pas professeur d’histoire » dit en introduction Léon Zyguel mais « je dois dire que tout cela est arrivé  en raison des agissements du gouvernement de Vichy :   collaboration avec les troupes nazies , mise à  disposition de l’administration et de la police françaises… »

 « J’ai été arrêté en mai 1942, à 15 ans, à quelques kilomètres de la ligne de démarcation puis interné successivement dans les camps de Mérignac, Pithiviers et Drancy. » …et puis ce fut l'épouvantable voyage en train jusqu'en Pologne  - le convoi n°35- où les gens étouffaient  dans les wagons à bestiaux au milieu de l'été, entre les cris de souffrance des déportés à la limite de la folie, et les morts qui furent nombreux à l'arrivée. 

«  Dans le train on était des centaines. Il fallait se relayer près des deux petites fenêtres grillagées pour respirer un peu, s’organiser pour faire nos besoins quand c’était possible … Il n'y avait rien à manger. »

 

Les déportés n'eurent pas le temps de s'occuper des morts : Léon Zyguel a connu les sélections dont celle de la rampe d'Auschwitz. Sorti des wagons par les SS accompagnés de leurs chiens, il fut dirigé vers le camp de travail d’Auchwitz.

«Assis sur un tabouret, on me rase la tête, raconte-t-il. D'un coup, mes cheveux sont tombés…. Je ne sais pas pourquoi, cela m'a été plus difficile à supporter que tout ce que je venais de vivre. Pour moi, c’’était une atteinte à ma dignité  et ensuite, on a vécu chaque minute avec la mort.»

Pendant  près de deux  heures, Monsieur Zyguel plonge son auditoire dans la barbarie nazie en racontant son histoire, ce qu’il a vécu, vu et dont il reste le témoin. 

 

 

« Sur les 1028 personnes du convoi numéro 35 avec lequel je suis parti pour Auchwitz , seuls  23 reviendront » dit-il aux lycéens . Il laisse percevoir la réalité concentrationnaire en décrivant sa vie d’adolescent de 15 à 18 ans dans le camp d’Auschwitz. Durant 31 mois, il passe sa jeunesse dans l’enfer !

Le camp c'est un quotidien qui ne ressemble en rien à la vie : peu de nourriture, le froid, ce froid permanent, les poux de corps,  l'appel interminable, la disparition de son nom transformé en numéro à apprendre par cœur en allemand, ( gare à celui qui ne le retient  pas .. les coups pleuvent voire pire encore ),  les camarades qui meurent, la difficulté de garder une raison de vivre.

En janvier 1945, contraints par les nazis de fuir devant l'avancée de l'armée soviétique, les déportés sont jetés sur les routes : ce sont les effroyables « marches de la mort » où le moindre signe de faiblesse pouvait donner la mort.

« Pendant 12 jours, nous marchons, sans manger, dans le froid et la neige. Nous arrivons au camp de Gross-Rosen, pour repartir, quelques jours plus tard, vers Buchenwald. »

 Ce fut un épisode terrible d'autant plus que le frère de Léon Zyguel faillit y laisser la vie, accablé par le froid et la faim «  Léon, laisse-moi, continue , sinon on va mourir tous les deux ». Léon le supplie «  Je vais te porter, lève-toi ; Papa et Hélène ne reviendront pas, lève-toi, il faut le faire pour notre mère  ! »

Parvenu au camp de Buchenwald, il est devenu membre de la Résistance au sein même du camp  avec G.Ducolonné ; il a participé  à l’insurrection du camp le 11 avril 1945, il a connu sa libération durant laquelle les gardiens ont été capturés pour être remis ensuite  aux armées américaines. C’est d’ailleurs en résistant et en combattant à Buchenwald qu’il  a le sentiment de devenir réellement un homme .

Rapatrié fin avril, Léon retrouvera Paris le 1er mai 1945, jour de ses 18 ans.

Léon Zyguel  a terminé ce témoignage, illustré de photos et de documents personnels en laissant un message de vie aux élèves :

«  Il faut garder sa dignité et son humanité  dans les pires circonstances. Ne succombez pas au racisme et à la xénophobie, vous voyez où ils ont conduits les hommes… alors faites que cela ne puisse plus se reproduire. »